Alexandre Dostie
Biographie
Né en Beauce, Dostie est cinéaste, poète et dramaturge. À l’écran, ses courts métrages, Mutants (2016), Je finirai en prison (2019) et BOA (2025) sont salués par les festivals du monde entier, notamment à Locarno, Sundance et Clermont-Ferrand. Il remporte plusieurs prix, notamment, aux Iris du cinéma québécois, au gala Écrans de l'académie canadienne et au festival du film de Toronto. Comme auteur, il publie Shenley (2014), Trois saisons aux courses (2020) et Que ceux qui m'aiment me sauvent (2022), des œuvres poétiques qui l’amènent à performer dans la francophonie. Sa première pièce de théâtre, Kiki et la colère, est présentée à guichet fermé au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en 2026 et séduit la critique. Dostie travaille présentement sur un premier long métrage à la COOP Vidéo de Montréal.
Entrevue
Je ne pense pas avoir découvert la poésie à l’école. J’en ai sûrement lu au secondaire… Mais rien de marquant. Quand j’y pense, le premier poème qui apparaît dans mes souvenirs, je l’ai rencontré par inadvertance en feuilletant le livret d’un album du groupe punk québécois Penelope. Je devais avoir 15 ans… La dernière pièce de leur premier disque présentait une chanson avec un vocabulaire très différent du joual avec lequel le groupe avait l’habitude de composer. J’ai lu et relu les paroles de cette chanson intitulée Spleen, sans pourtant en percer le mystère, bien qu’un certain C. Baudelaire soit crédité pour ces mots. C’tu l’bassiste, C. Baudelaire? Cinq ans plus tard, je suis à l’université et flâne à la foire du livre quand une couverture attire mon attention. Il s’agit du recueil Les Fleurs du mal d’un certain Charles Baudelaire. Ça me frappe ! Guidé par mon intuition, j’ouvre le livre et feuillette nerveusement son contenu. Je m’arrête sur un poème : Le spleen de Paris. Je lis... des mots… que je connais déjà par cœur ! Mon premier poème préféré, composé par mon premier poète préféré. Les Fleurs du mal, c’est le premier recueil de poésie que j’ai acheté.
J’écris des poèmes d’amour à ma blonde au Cégep… J’ai 16 ans. Je ne lis pas de poésie, mais j’en écris. C’est comme ça. C’est d’ailleurs de cette façon que j’aborde la poésie en atelier. Sans même le savoir, on est plein de poèmes. On sait comment les écrire parce qu’on sait à quoi ça sert. Les poèmes, c’est bon pour dire les choses tough à dire. Ça prend cette forme-là. À 23 ans, je pars en voyage pour quatre mois et traverse le Mexique, le Guatemala et le Bélize. Je n’ai plus de blonde. Je suis en deuil. Je découvre le monde. Dans mon sac, Entre cuir et peau de Lucien Francoeur, mon deuxième livre de poésie. Dans les oreilles, les tounes de Aut’Chose. Je tiens un journal et, dedans, je parle en poèmes. À 25 ans, je suis de retour à Trois-Rivières. Par un fabuleux concours de circonstances, on m’offre de m’impliquer dans le OFF-Festival de poésie de Trois-Rivières. Je tombe dedans. Découvre les poètes de l’oralité, mes frères et mes sœurs de maux. Et avant longtemps, je me présente au micro pour lire ma poésie. Je ne sais pas vraiment quand ça commence… Mais c’est devant le micro que j’me suis pour la première fois senti poète.
Révéler le vrai plus vrai que la vérité.
La pluie me suit de Patrice Desbiens